Le partage du travail
Devons-nous, pouvons-nous, voulons-nous créer de l’emploi et diminuer le chômage en partageant le temps de travail? C’est la triple question que je désire aborder avec vous.La crise de l’emploi est devenue une caractéristique persistante de notre société. Certains nous annoncent que la reprise économique se fera sans reprise de l’emploi. Or, les souffrances et les inégalités causées par le chômage et la précarité du travail imposent de ne pas prendre pour acquis qu’il n’y a pas de place au travail que pour certains et que c’est tant pis pour les autres et leur dignité. Dans le manifeste « Sortons le Québec de l’appauvrissement, mars 1994 » on privilégie le partage du temps de travail comme une voie de solution parmi d’autres à ces inégalités. C’est ce que je veux approfondir ici.
Les différences qui nous éloignent les uns des autres
Le partage du travail se pose à chaque personne de façon radicalement différente selon sa propre situation personnelle. En effet, nous vivons entre nous des inégalités. D’une certaine façon, c’est malgré nous mais aussi par nous qu’elles se créent et se perpétuent.
Pour aller plus loin…discutons-en ensemble…
Travaillons-nous? Pourquoi? Pour qui? Dans quelles conditions? À quel rythme et à quel salaire?
Combien de personnes composent notre unité de vie? D’où et de qui proviennent l’ensemble des revenus de notre ménage?
A quelle distance du seuil de pauvreté se situe notre niveau de vie?
Sur le plan du travail et de la richesse, avec qui vivons-nous des situations d’égalité dans notre milieu? Par rapport à qui vivons-nous des situations d’inégalités?
Certains et certaines d’entre nous ont un travail stable, correctement rémunéré, qui les place en position de pouvoir partager. D’autres vivent plutôt le manque, n’ayant pas de travail, ou exerçant un travail précaire, peu rémunéré. D’autres encore sont en mesure de créer, maintenir, décider ou gérer les conditions et l’environnement de leur travail. Ces différences entre nous sont en train de s’accentuer. Ainsi, au cours des années 1990, 20% des plus riches parmi nous ont accaparé 90% de l’accroissement du revenu moyen.
Or, il se pourrait que cette dérive qui nous éloigne les uns des autres ne soit pas que l’effet d’une crise, mais aussi d’une mutation majeure du monde du travail, liée entre autres à la mondialisation des échanges économiques et à l’usage répandu des technologies informatiques. Nous sommes dans une étape qui exige, dans un esprit de démocratie économique et de développement solidaire, que l’on tienne compte des aspirations, des besoins et de la réalité de l’ensemble des personnes. Il nous importe de ne jamais admettre que la richesse des uns se construise sur l’exclusion des autres.
Si nous voulons aller au-delà d’une pitié condescendance de ceux et celles qui possèdent envers ceux et celles qui ne possèdent pas, il nous faudra envisager le partage du temps de travail comme un projet collectif, en considérant les visions et les solutions des personnes sans emploi autant que celles des personnes qui sont en mesure de partager ou d’organiser le partage.

